La Zeno testée par Maxime Pinot

Zeno Ozone Les Passagers du Vent

La Zeno selon Max Pinot

Après une cinquantaine d’heures de vol sous la Zeno lors de la Superfinale de la Coupe du Monde au Brésil, Laurie (taille SM) et moi (taille ML) pouvons maintenant livrer quelques impressions sur cette aile qui réussit un pari assez dingue: les performances d’un gun pour l’accessibilité d’une D réellement classique.

Parce qu’il ne faut pas se tromper. Si la voile me semble tout à fait comparable en terme d’accessibilité aux autres EN-D du marché, ses performances les surclassent littéralement. Les Peak 4, M6, Avax, et autres Poison n’y résisteront pas longtemps, dès lors que l’on applique une dose infime de barreau.

Il apparait alors rapidement que la comparaison de perfs n’a de sens que contre sa grande soeur, l’Enzo 2, et les Boom 10 et 11.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, en terme de PTV, j’ai cherché un petit moment le bon poids. Il me semble que la taille ML commence à se voler agréablement à partir de 103 kg, mais son optimum me parait plus être au-dessus de 105, jusqu’à son PTV max à 110.

Pour la taille MS, Laurie pense que le bon PTV se situe autour de 95 kg, plus ou moins 1 kg. Même peu chargée, l’aile reste homogène et compact, ce qui n’était pas le cas de sa grande soeur. Il ne sert à rien cependant de la surcharger, ce qui augmente la tension et diminue les sensations, qui peuvent parfois manquer…

A vos marques…

Le décollage est un jeu assez enfantin vu la légèreté et l’allongement modéré de la machine. En conditions classiques, rien à signaler. Il restera à valider les décollages vent arrière en terrain plus scabreux, pour voir si la machine pourra se conformer à une utilisation en marche et vol. Nous en reparlerons.

En l’air, les premières impressions sont assez déroutantes pour les pilotes venants d’ailes de courses made Ozone: la voile est assez monobloc, peu communicante, comparée à l’Enzo. Elle se déforme très peu, bien moins que les autres EN-D aussi, ce qui donne un sentiment de confiance ultra rapide.

La recherche de l’ascendance est de fait un peu plus compliquée qu’avec l’Enzo, d’autant plus que le régime bras haut manque un peu d’agressivité. La voile a quelquefois tendance à osciller sur le tangage, ce qui fait perdre l’efficacité de l’aspiration créé par le thermique et les sensations associées. Après, l’Enzo 2 est une véritable « Killeuse » dans ce compartiment du vol donc dur de tenir la comparaison…

En fait, il est tout de suite plus agréable, même dans la prospection, d’appliquer un léger filet d’accélérateur, qui donne la finesse max de l’aile et la cale correctement sur le tangage, en rendant la sensation plus agréable. Une petite adaptation par rapport à un pur gun.

Une fois dans l’ascendance, la Zeno se place très facilement, notamment pour les pilotes venant de tailles medium. Venant de la taille Small de l’Enzo 2, qui est un pur jouet en virage, j’ai dû m’adapter à une sensation un peu différente.

Avec quelques centimètres de commande à l’intérieur, la Zeno a rapidement envie de s’incliner. Il faut travailler sur ce point en ascendance faible ou irrégulière (ce dont nous avons soupé au Brésil…) pour ne pas trop dégrader le taux de montée (qui est excellent, mais on parle bien du taux de montée comparé aux meilleures machines de course du moment, et face aux meilleurs pilotes du monde). Très souvent, j’utilisais beaucoup de frein à l’extérieur en dosant pour redonner de la vitesse de temps à autres, ou en utilisant le B extérieur quand l’ascendance était faible mais que j’avais besoin de vitesse pour des rayons de virages efficaces (assez physique).

De mon point de vue, ce point précis était à l’avantage des Enzo, mais encore plus des Boom 11, redoutables dans le petit, très souvent à chapeauter les grappes.

En revanche, dans le noyau, la Zeno est une bête et ça devient vite drôle de voir les voiles plus allongées se tordre ! Attention aux intérieurs, bien calé au coeur de l’ascendance (ce qui nous a beaucoup manqué au Brésil…) !

Et le glide ?

Bras haut, la Zeno manque d’efficacité face aux guns, un point qui est un peu handicapant dans la prospection comme dit plus haut.

Mais acheter une Zeno pour voler bras haut, disons le, ça ne sert à rien, clairement ! Sa finesse max intervient en descendant les poulies de 4/5 centimètres, et tout de suite la sensation de glisse devient très agréable ! Car le vol accéléré est le gros point fort de la voile.

Jusqu’à la moitié de la course d’accélérateur, la différence en glide avec les Enzo est faible, mais la 2ème moitié d’accélération est redoutable et une petite différence est visible face à sa grande soeur sans que cela soit immense. Mais toute différence est bonne à prendre !

Et surtout, quel confort et quelle solidité ! C’est le point « what the fuck » de la voile ! Mais en fait, tu fermes jamais c’est ça ??

La Zeno tronçonne tout sur son passage, à full speed ! La voile absorbe les turbulences là où l’Enzo était sensible des bouts d’aile, et de temps à autres de la frontale bien batarde (notamment ma petite small adorée…)  !

Le gain en vitesse vient plus de sa grande stabilité et du pilote se tournant les pouces dans la sellette au lieu de piloter au B, que des caractéristiques même de l’aile me semble-t-il.

J’aimerais mettre une Peak 4 ou une M6 à côté pour un petit moment de rigolade.

La Boom 11 a encore une réserve de vitesse supérieure à la Zeno, utile pour les final guide satellisés car elle tombe aussi assez fortement à ce régime.

Je n’aurai essuyé sur cette compétition qu’une seule petite amorce de frontale, vite contrée aux B, sur une rentrée full speed en masse d’air bien active.

D’ailleurs le pilotage aux B est vraiment agréable, assez léger, efficace. Mais finalement assez peu utilisé sur du pilotage actif, sauf pour se replacer latéralement, vu la stabilité de l’aile…

Hors domaine de vol, les décrochages sont assez académiques pour une deux lignes, avec l’allongement en moins à gérer, et donc moins de « cleaning ». Le shoot est très modéré.

La parachutale une fois trouvée est assez stable, ce qui est bien utile pour descendre (la voile fait aussi les oreilles). Elle a vite tendance à vouloir sortir par le côté, sûrement à cause du manque de shoot.

Qu’y a t-il à en conclure ?

D’après moi, cette voile est un tour de force. Pour ceux qui en doutent encore, elle a bien les performances d’une aile de course, même si elle s’exprimera bien mieux sur les terrains montagneux, pour remonter la Blanche à pleine vitesse ou attraper le thermique de la Dent de Pleuven une belle journée de Nord, que dans les collines brésiliennes ou les plaines normandes, où les forts allongements semblent donner un avantage certain en thermique et flottement sans que la gestion de l’aile soit primordiale en turbulences.

Clairement, pour le cross montagne, ce sera une arme incroyable ! Potentiellement aussi en compétition sur des terrains comme Disentis, St André, j’en passe et des meilleurs. Mais ce dernier point dépendra de l’Enzo 3, que tout le monde attend maintenant impatiemment.

Une version allégée va peut-être aussi voir le jour. La Red Bull Xalps pointe le bout de son nez et beaucoup lorgnent déjà du côté de la Zeno. Forcément, quand on connait les performances des ailes typées hike and fly, il est inévitable de penser à cette option qui donnerait un avantage énorme en vol. Mais peut elle être aussi docile au sol et dans les atterrissages scabreux ? Une part importante du job… c’est la suite de la question. Il ne manquerait plus que ça, que cette voile ajoute une réussite de plus à son actif.

Pour ma part, j’ai passé une drôle de compétition sous cette Zeno. Tantôt au top, tantôt au fond. Peut-être un manque de compréhension du thermique de temps à autres, en surtout un pilote hors réglages. Mais aussi 3 manches remportées lorsque tout allait mieux… L’ascenseur émotionnel !

En tout cas, je ne boude pas mon plaisir de la retrouver en conditions alpines. Et je rêve d’un pack light avec une Zeno S pour crapahuter en montagne, prendre les thermiques matinaux et poser à la nuit tombante après une belle balade ! Et je rêve aussi de ma future aile de course pure 😉 »