Interview avec Laurie Genovese

Regard sur le Championnat du monde de parapente
par Laurie Genovese

Le championnat du monde… on s’imagine de suite une centaine d’ailes virevoltant en grappe, et qui ne laisse échapper que les plus téméraires. Que se passe-t-il dans la tête de ces hommes volant ? Quel chemin à parcourir pour arriver jusqu’ici ? Un petit aperçu de cette compétition au plus haut niveau grâce à Laurie, monitrice aux Passagers du Vent depuis 2014, de retour de l’étape d’Italie.

-Quel a été ton parcours en parapente depuis tes débuts ?

J’ai commencé le parapente à l’âge de 14 ans avec mon père, après quelques biplaces ensemble. Puis j’ai intégré le pôle espoir dans les Pyrénées pour évoluer sur le pôle France vers mes 18 ans. Je suis maintenant en circuit coupe du monde depuis 2013.

-Quelle a été ta préparation physique et mentale pour ce championnat ?

Pour ma prépa physique, je suis adepte des sports d’endurance type vélo ou vol rando, l’été. En hiver, je fais davantage du renforcement musculaire, et du ski de fond. Pour mon mental, je le travaille surtout grâce à la relaxation. J’essaie d’en faire régulièrement, tout comme l’imagerie mental, où j’apprends à contrôler mes émotions en visualisant des situations stressantes par exemple. Lors d’une compétition, on peut être 150 en l’air, et il faut savoir prendre du recul pour prendre les bonnes décisions, rester calme et lucide.

-Est-ce que tu as modifié ton alimentation en vue du championnat ? Et pendant ?

Je ne l’ai pas vraiment modifié avant, je mange déjà sans gluten. Ça me permet de moins ressentir la fatigue et d’être moins malade, comme ça avait été le cas lors de mon dernier championnat en Macédoine. J’avais perdu du poids et c’est compliqué car nous sommes limités à 33kg de matériel, et il y a un poids à respecter pour que l’aile vole correctement. Pendant la compétition il est important de bien s’hydrater et de manger en conséquence car mine de rien, tu perds beaucoup à cause de la concentration et les variations de la fréquence cardiaque liée aux états de stress.

-Est-ce qu’il y a des stratégies à élaborer avant la compétition ? Pendant ?

Il n’y a pas vraiment de stratégie d’avant course. Je dirais que pendant la compétition, il y a par contre une sorte de tactique. Les personnes qui sont en tête de liste et qui jouent leur place ont tendance à rester dans la grappe, tandis que ceux qui n’ont rien à perdre peuvent plus facilement attaquer, prendre des risques. Au début de cette étape en Italie je jouais ma place et c’était de moins en moins le cas sur la fin. Ce n’était pas vraiment ma compétition, peu de choses m’ont souris. Des fois c’est comme ça, tu ne sais pas pourquoi, tu prends toujours la mauvaise carte. Du coup, je jouais pour l’équipe de France, pour assurer des points si jamais mes camarades plantaient la manche.

-As-tu un porte bonheur ? Un petit rituel avant la compétition ?

Cette année j’avais apporté un t-shirt Bob l’éponge que l’on m’a prêté, mais on ne peut pas dire que c’est un porte bonheur (rires) ! Sinon avant de commencer la manche, j’ai l’habitude de me mettre dans ma bulle, d’écouter de la musique. Et mon petit secret pour me donner du courage à la fin, c’est de me chanter une chanson à voix haute pour arriver à la ligne finale…. Toujours la même, qui date de ma première rentrée au goal en 2009 !

-Quel est le type de manche qui t’intéresse ? Plaine ou relief ?

Je préfère quand c’est typé montagne, surtout lorsque les conditions sont assez fortes. Je suis plutôt une attaquante, je n’aime pas trop le vol de groupe. J’ai vite tendance à m’échapper de la grappe.

-Quelle est l’importance du matériel dans ce genre de compétition ? En as-tu été contente ?

Le choix de l’aile est crucial. Pour la compétition, il n’y en a pas une multitude car Ozone et Gin sont leaders. Pour cette course j’avais une Zeno, car mon Enzo 3 n’a pas été livrée à temps. C’est une très bonne voile mais elle n’était pas à son avantage dans ces conditions. Le GPS est important aussi, on est beaucoup à avoir un Oudie de Naviter, c’est un outil de navigation très précis.

-Quel a été le moment où tu as pris le plus de risque ?

On a tous pris des risques le jour où les organisateurs ont mis énormément de temps à stopper la manche. On était sous l’orage et la pluie et personne ne répondait en radio. C’est pas facile dans ces moments là car tu ne peux pas prendre la décision d’arrêter et d’aller te poser, car tant que ce n’est pas stoppé, la course compte. Lors de ce championnat, les conditions n’ont pas été optimales, c’était très orageux, beaucoup de pluie et d’ombres, des conditions où il fallait savoir flotter.

Championnat du Monde 2017 5

-Ton plus beau souvenir du championnat ?

J’ai bien aimé la première manche, ca me faisait plaisir de rentrer enfin dans la compétition. Après 6 jours de briefings, la pression monte donc tu es bien content d’attaquer. Mais c’est vrai que de manière générale, j’ai eu l’impression cette fois-çi de ne pas être vraiment dedans, de faire des mauvais choix. Il faut l’accepter et rebondir. Sinon mes meilleurs souvenirs sont sur le vélo…. j’ai eu un peu de temps pour faire de belles sorties en VTT ! Pour dire il y a certaines journées où j’ai fait plus de km sur la selle qu’en vol…. 😊

-Quels sont tes prochains projets en parapente ?

Fin août il y aura le championnat de France, j’ai aussi au programme des courses de marche & vol, et la Red Bull Elements en septembre. En janvier, il y a la Superfinale. Et puis après pourquoi pas me tourner vers l’entrainement…

Laurie Genovese Champonniat du Monde